Guerre En Ukraine: Conséquences Economiques & Militaires

David Kipre

Depuis le 24 février, plus de 95% des revues du monde mettent en gras l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Des conséquences d’autant plus graves qu’il pourrait s’agir du plus important conflit à avoir lieu sur le sol européen depuis les guerres des Balkans dans les années 1990. De la hausse des coûts des matières première à la fermeture de certaines grandes entreprises, voici quelques répercussions économiques néfastes de la guerre d’Ukraine.

I-La chute des bourses et la flambée des coûts des matières premières

L’économie russe dépend de l’exportation de matières premières. Le secteur représente 60% des exportations russes. La Russie est le premier producteur mondial de blé (l’Ukraine est cinquième), un des plus importants exportateurs de pétrole, fourni environ 40% du gaz européen et produit d’importantes quantités de métaux. Le pays est le premier producteur de palladium, utilisé pour la construction des pots catalytiques des voitures notamment, le deuxième producteur d’aluminium et de nickel, et le septième producteur mondial de cuivre. L’Ukraine, quant à elle, est le premier producteur mondial de maïs.

En effet, Lors de la seule journée du 24 février, le cours du gaz naturel a augmenté de plus de 25 % sur le marché TTF, plateforme localisée aux Pays-Bas et considérée comme référence en Europe.

Le baril de pétrole a dépassé les 100 dollars par baril, la tonne de blé a atteint un niveau record à 344 euros la tonne et le prix du gaz naturel a bondi de 40% en une journée. « Paradoxalement, c’est un avantage pour la Russie, parce que nous n’avons pas arrêté d’importer les matières premières russes pour le moment« , explique l’économiste françaiseAlsif. Ceci dit, l’économiste précise que cela est vrai sur le court terme. L’Allemagne, par exemple, dépend largement du gaz naturel liquéfié russe. Une fois qu’une alternative aux matières premières russes sera trouvée, cette trop grande dépendance économique se retournera inévitablement contre le pays.

Toutefois, il est pour le moment difficile de se passer des matières premières russes, en particulier du gaz. Selon le président du groupe pétrolier Total Energies, Patrick Pouyanné, s’exprimant à Paris lors du forum de la Fédération nationale des travaux public, « si le gaz russe ne vient pas en Europe, on a un vrai sujet de prix du gaz en Europe« . Autrement dit, l’Europe n’a pour le moment aucune solution immédiate pour remplacer les importations de gaz venues de Russie.À la Bourse de Paris, l’indice CAC 40 a reculé de près de 3,8 % au cours de la séance du jeudi 24 février.

II-Un choc de demande et un choc d’offre

Le choc de demande vient principalement de la réaction des consommateurs et des investisseurs à la forte montée de l’incertitude.  La consommation des ménages diminue au profit de l’épargne. L’investissement diminue également, les entreprises passant dans une posture prudente et attentiste, excepté dans les secteurs liés à la défense. L’évolution des bourses européennes depuis le début du conflit reflète bien ce climat. La demande nette de l’étranger risque également de se détériorer. Côté exportations, la détérioration est portée par la même logique que la baisse de la demande intérieure. Côté importations, l’augmentation des prix de l’énergie, des minerais et de certains produits agricoles va fortement augmenter la facture.

Le choc d’offre vient essentiellement de la hausse des coûts de l’énergie, le pétrole ayant déjà augmenté de 20% contre 80% pour le prix du gaz depuis une semaine. Le Brent est passé de 91 dollars à 111 dollars et le prix spot du gaz en Allemagne est passé de 95 euros/MWh à 175 euros/MWh. Il en va de même avec un certain nombre de métaux pour lesquels la Russie est un producteur majeur comme le palladium, le vanadium ou le titane, des métaux indispensables notamment pour les industries automobiles et aéronautiques. L’Ukraine est un gros exportateur de blé et 36% des échanges mondiaux de blé (et 80% de l’huile de tournesol) passent par la Mer Noire. Les chaînes d’approvisionnement vont subir de nouvelles désorganisations qui vont générer la hausse de coûts de production.

III-Hausse de la fiscalité

Si ce conflit avec la Russie est bien destiné à se prolonger, les gouvernements européens ne pourront pas faire l’économie d’une réflexion sur l’augmentation de la fiscalité. Qui dit guerre, dit effort de guerre et contributions de guerre. Une telle mesure qui va détourner des ressources de la consommation privée vers la consommation et l’investissement public aura par ailleurs un effet plutôt déflationniste.

Pour nous, il est préférable d’augmenter les impôts et de répartir équitablement la charge de la guerre sur l’ensemble des Français plutôt que faire peser la charge sur les catégories les plus pauvres par le biais de l’inflation ou des éventuelles pénuries liées aux prix administrés.

IV-Les effets des sanctions sur l’économie mondiale

Les sanctions annoncées jusque-là à l’encontre de la Russie ne sont pas de nature à paralyser son économie. Elles ne prévoient pas, par exemple, à ce stade du moins, d’exclure la Russie du système SWIFT pour les transferts bancaires, ni d’arrêter les importations de pétrole, de gaz, de céréales et d’aluminium en provenance de Russie, tout simplement parce que ces sanctions seraient plus susceptibles de nuire aux consommateurs occidentaux, en particulier aux Européens, qu’à la Russie, qui a une faible dette et d’importantes réserves de devises étrangères. La Russie peut également réorienter une grande partie de ses exportations vers la Chine, avec laquelle elle entretient des liens de plus en plus étroits. La suspension de la certification du gazoduc russe vers l’Allemagne, NordStream2, qui est achevé mais pas encore opérationnel, et l’annonce de sanctions contre ses actionnaires par les États-Unis, pourraient réduire de 10 à 15 % les approvisionnements en gaz attendus par l’Europe. En d’autres termes, l’approvisionnement en gaz pourrait être insuffisant en Europe dans les années à venir, ce qui impliquerait la recherche d’autres sources de gaz et d’énergie et entraînerait une hausse des prix.

Même si le conflit porte un coup à l’économie russe, notamment en raison des sanctions imposées à quelques-unes de ses banques et à certains de ses ressortissants, et de la forte dévaluation du rouble qui affectera le pouvoir d’achat des Russes, et si la guerre dévaste l’économie ukrainienne, les effets directs sur le PIB mondial seront faibles en raison de la part modeste de ces économies dans la production mondiale. Ceci est particulièrement vrai si le conflit est de courte durée, comme beaucoup le prévoient, compte tenu de l’avantage militaire écrasant de la Russie.

Laisser un commentaire