La Mystérieuse Histoire de L’Anestésie

David Kipre

L’anestésie. On prétend souvent que la première anesthésie a été réalisée par Dieu, lorsqu’il plongea Adam dans un sommeil profond afin de lui prendre sa côte pour créer sa compagne Eve. Loin de l’anesthésie connue de nos jours, la pensée actuelle que l’on a de l’anesthésie est plus une pratique médicale importante pour les opérations chirurgicales qu’un simple sommeil divin.

De la Grèce Antique aux principaux scientifiques qui ont eu à faire l’expérience d’une telle pratique, voici l’histoire presque terrifiante de l’anesthésie.

1- L’Anesthésie : Supprimer la douleur avant tout

Anesthésie : (mot d’origine grecque) –  an ( priver ) et aïsthêsis ( sensibilité )

Le terme anesthésie fut donné par Sir Oliver Wendell Holmes, professeur de physiologie et d’anatomie américain, dans une lettre adressée à l’un de ses confrères. Il entendait par là, une situation dans laquelle : l’individu se trouve dans un état d’inconscience crée par inhalation de gaz, afin de diminuer la douleur subie lors des opérations chirurgicales.

Dans les histoires grecques, il est fait mention d’un peuple de la Mer Noire, les Scythes, qui induisaient cet état de demi-mort par inhalation de chanvre, ou d’un vin issu de la mandragore qui permettait aux soldats de ne point sentir la douleur lorsqu’il fallait les soigner. En toute chose, il faut noter que ces pratiques sont tout à fait différentes de l’anesthésie pratiquée de nos jours, qui semblait irréalisable.

Ils faisaient aussi usage de méthodes telles que : la saignée, la glace, la  » distraction  » par irritation d’une aiguille, la compression carotidienne et nerveuse, le coup de marteau en bois sur la tête portant un casque en cuir.

La plupart d’entre ces pratiques étaient très atypiques pour ne pas dire bizarres.

Dans certains cas, il s’agissait d’asphyxier à moitié les enfants en les étranglant, avant de les circoncire. (Pratique assyrienne) Dans d’autres, on brûlait du chanvre et on le faisait respirer aux patients, qui ensuite oubliaient tout ce qui leur était arrivé. Certains même, utilisaient du jus d’opium pour calmer les névroses et procurer des rêves agréables.

En Chine, entre 110 et 207 après JC, les médecins attachaient les mains et les pieds du patient, puis le frappaient à la tête ou lui prélevait du sang pour le rendre inconscient. Ce fut avant l’avènement d’un célèbre guerrier du nom de Hua Tuo qui avant de se faire opérer avait, dit-on, bu du jus de Mandragore.

2- Un rêve devenu réalité : John Snow

Né en 1813, l’inventeur du pulmotor, appareil destiné à traiter l’asphyxie des nourrissons, se lance à la conquête du royaume de l’anesthésie. Il publie un ouvrage sur les 4 stages d’anesthésie à l’éther, le 4ème stage correspondant au niveau chirurgical.

Pour lui, étant donné que l’éther réduit l’activité cérébrale, puis la coordination motrice du cervelet et enfin du corps et de la moelle épinière, son usage non abusif permettra donc de pouvoir procéder aux diverses opérations chirurgicales les plus osées de son temps.

Son plus grand travail sera celui de l’accouchement du Prince Leopold II, qu’il a réussi en appliquant du chloroforme à la Reine Victoria en 1853. Il invente également un masque muni d’une valve qui permet l’administration d’air additionnel pour que l’anesthésie soit allégée.

L’éther, utilisé pour la première fois en France en 1847, marque l’avènement de la chirurgie sans douleur. L’éther encore nommé  » doux vitriol  » par ses usagers fut longtemps utilisé dans des mixtures avec de l’opium afin de soulager les patients de leur douleur, il s’agirait donc là du premier anesthésiant formel, utilisé dans le monde.

Les premiers essais d’intraveineuses remontent à 1872, viennent ensuite les essais de l’anesthésie par inhalation qui se basent sur le chloroforme et l’éther. Dès les années 1890, l’halothane est synthétisé et deviendra l’anesthésique par inhalation le plus répandu. La cocaïne en 1885, servit d’anesthésique au professeur William Halsted lors d’une opération à Baltimore, qui l’utilisa pour bloquer le nerf alvéolaire inférieur. L’anesthésie péridurale et l’anesthésie rachidienne se développent à partir du 19ème siècle.

L’histoire de l’anesthésie péridurale nous vient de la France : Sicard et Cathelin, 1901. Bien qu’elle ne soit pas pratiquée pour la chirurgie, elle ouvre la voie à l’anesthésie locorégionale qui ensuite sera abandonnée pour l’anesthésie générale, de nos jours utilisée par les chirurgiens. Les anesthésies moins toxiques, peuvent maintenant se prolonger ce qui ouvre le champ à des opérations chirurgicales jusque-là impossibles. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’anesthésie devient une discipline médicale autonome, de pair avec la réanimation.

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