5 Choses A Savoir Sur Les Bandes Dessinées En Afrique

David Kipre

1- Quelles sont les grandes étapes de l’histoire de la bande dessinée africaine ?

Tout a commencé à l’époque coloniale, en particulier, l’édition venait forcément d’Europe, vu qu’il n’y a pas à proprement parler de bandes dessinées venues d’Afrique.

Les pays francophones, après leur indépendance, se sont lancés dans cette perspective grâce au soutien des églises catholiques implantées sur leur territoire. C’est surtout « l’époque Kouakou », trimestriel populaire, produit en France par l’éditeur Segedo, financé par la Coopération française qui est distribué gratuitement aux enfants africains entre 1963 et 1998

A partir du début des années 1990, la liberté de presse a pris un essor considérable qui a affecté le milieu, dans un premier temps face aux œuvres satiriques produites par les maisons d’édition. De plus les crises économiques qui ont secoué l’Afrique en pleine reconstruction, n’ont pas donné le choix à ce type d’œuvre, que d’être réorienté vers un public beaucoup plus enclin à la lecture de ce genre d’œuvre littéraire. C’est là qu’interviendront les ONG, qui l’utiliseront comme moyen de communication phare lors de leur campagne de sensibilisation.

2- Qui lit des bandes dessinées en Afrique ?

Malgré le fait que la société africaine soit réticente à la lecture, on peut remarquer de la part de la jeunesse, un intérêt naissant pour les bandes dessinées. Effectivement, les jeunes africains allient enfance et passion à travers la lecture de ces œuvres littéraires, qui contrairement aux adultes, n’en voient pas l’importance. (Pour eux, c’est bien trop « enfantin » et « très cher pour rien »
Bien qu’il existe au Cameroun, une presse pour jeunes, dans laquelle publie-t-on parfois des bandes dessinées, la presse spécialisée a encore du mal à s’installer durablement dans le milieu.

Il faut noter une certaine aliénation de la part de notre peuple africain face à la « lecture plaisir », outil très important pour le développement personnel et la réussite aussi bien scolaire que personnelle. Chose bizarre est de remarquer que la production de ces bandes dessinées, assimilées à de la lecture enfantine, est plutôt orientée vers les adultes.

3- Comment la bande dessinée est-elle publiée en Afrique ?

Le domaine de la vente des bandes dessinées en Afrique est peu ouvert. Il s’agit dans la plupart des cas, d’une réunion de fonds d’une certaine communauté en vue de faire promouvoir l’œuvre, qui a parfois pour but de faire passer un message à la population. Le financement et donc la distribution de ces dernières se fera donc entièrement par des organismes culturels et éducationnels (écoles, hôpitaux, œuvres caritatives, etc… )

Il faut noter cependant 2 modes de publication à but commercial de la bande dessinée en Afrique.

D’abord, celle réalisée par les éditeurs : comme ce fut le cas de six albums commerciaux publiés au Maroc ces douze dernières années et, en République démocratique du Congo, hormis les éditions Elondja (avec cinq mini albums depuis 2004).

Ensuite, la deuxième concerne les bandes dessinées autoproduites, dites populaires, distribuées à un prix et une quantité faible, avec une qualité quelque peu désirable. Cela orienté vers un public assez modeste.

4- Peut-on avoir une bande dessinée africaine en langue locale ?

Avec les différences linguistiques très présentes en Afrique, il est rare de rencontrer de telles œuvres. La plupart de telles œuvres dans les pays francophones ne sont produites que par des ONG dans un but de sensibilisation d’une zone cible, ou à titre d’information. Dans les pays anglophones, les bandes dessinées en langue locale sont vendues en librairie et dans les circuits économiques, par exemple, les éditions kényanes Sasa Sema, dans les années 1990, ont publié cinq de leurs neuf albums en Swahili, qui furent d’ailleurs vendus aussi bien au Kenya qu’en Tanzanie. En Guinée Bissau également, les frères Julio ont également beaucoup publié dans leur langue natale qui est le créole portugais (le Krioul). 

5- Les dessinateurs gagnent t-ils correctement leur vie ?

Point focal et surement très intéressant pour nos chers lecteurs, la réponse est fort malheureusement Non.

Déjà produite dans un milieu pas très rentable de par son public et son domaine quasi absent, sur le continent africain, la bande dessinée n’est pas très rentable à son dessinateur, il s’agirait carrément d’un sacerdoce en Afrique. Et pour pouvoir tenir, une source de revenus autre devrait être à l’appui…Considéré comme une perte de temps et un amusement pour la plupart des habitants africains, il serait peu probable de voir un gain à travers cette activité. C’est de cette image que vient le désir de certains jeunes africains, d’immigrer afin de se faire une réputation et une vie sur la base de leur passion, car l’Afrique a un don pour tuer des œufs naissants

Quoique ! Certains dessinateurs cependant restent malgré les difficultés

-Le Sénégalais T.T. Fons qui a créé un personnage fort populaire (Goorgoorlou) qui fut même adapté en série télévisée, le Béninois Hector Sonon, le Malgache Pov qui vit de ses dessins de presse en tant que salarié du journal L’Express à Maurice ou le créateur du journal Gbich !, Lassane Zohoré.

On pourrait citer aussi d’autres figures telles que, les quelques bédéistes africains qui travaillent en Europe et vivent encore dans leur propre pays : Laval Ng (Maurice), Thembo Kash ou Barly Baruti (République démocratique du Congo), bien sûr qui ont déjà une belle production derrière eux. Mais il ne faut surtout pas comparer la situation en Europe à celle de l’Afrique, car même là-bas, il serait très difficile de se faire un nom ou du moins un gain dans ce domaine.

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