3 Raisons Pour Lesquelles Certains Pays Soutiennent L’Ukraine

David Kipre

Depuis le déclenchement de l’offensive militaire russe il y a quelques mois, l’Ukraine peut compter sur le soutien de la communauté internationale. Les gouvernements d’une vingtaine de pays ont déjà envoyé ou annoncé une aide militaire ou humanitaire, certains même les deux.

Chaque jour, les annonces de nouvelles sanctions contre la Russie s’enchaînent. Un moyen pour la communauté internationale, notamment l’Union Européenne, de faire pression sur Vladimir Poutine, depuis le début de l’invasion lancée jeudi 24 février contre son voisin ukrainien.

En dehors de ces lourdes sanctions économiques, les gouvernements d’une vingtaine de pays du monde ont également officiellement annoncé des aides à l’Ukraine. Elles sont de deux types : militaire et/ou humanitaire.

Certains envoient des armes, d’autres du carburant, d’autres encore des tentes ou débloquent des fonds pour la livraison de plusieurs tonnes de matériel, notamment médical. Parmi ces pays, nous pouvons citer l’Allemagne, la France, la Roumanie, les USA, etc…

Mais, la question est de savoir les motivations de ces pays à venir en aide à l’Ukraine.

En effet, ce qu’ils ne disent pas, c’est que l’Ukraine est une pièce maîtresse de leur propre stratégie de domination économique. Une stratégie intégralement au service de leurs multinationales, et où la classe travailleuse n’a rien à gagner.

Pour ces pays, le contrôle de l’Ukraine répond à trois objectifs principaux : renforcer l’Otan, affaiblir la Russie et contrôler les routes du gaz.

1. Renforcer l’Otan

L’Otan est une alliance militaire créée en 1949 pour faire face à la « menace soviétique ». L’organisation n’a cependant pas disparu avec la chute de l’URSS. Au contraire, elle n’a cessé de grandir, intégrant peu à peu tous les anciens pays socialistes : Hongrie, Pologne et République Tchèque en 1999, les pays baltes et la quasi-totalité des Balkans entre 2004 et 2020.

Aujourd’hui, l’Otan est la plus grosse organisation militaire au monde, regroupant la majorité des pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Et alors qu’à l’origine, elle ne pouvait recourir à la force qu’en cas de légitime défense, ce statut a changé. Désormais, elle s’autorise à intervenir partout où les intérêts de ses membres, États-Unis en tête, sont menacés, y compris en dehors de son territoire.

Pour les pays qui soutiennent l’Ukraine dans cette guerre, l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine, le plus grand pays d’Europe, est un objectif de première importance. En 1997, Zbigniew Brzezinski, l’un des plus influents stratèges américains, écrivait que la collaboration de l’Otan avec l’Ukraine « pourrait devenir la colonne vertébrale géostratégique de l’Europe ».

2. Affaiblir la Russie

Dans les années 1990, juste après la chute de l’URSS, la Russie était largement soumise aux pays de l’OTAN notamment les États-Unis et ne les inquiétait pas beaucoup (les entreprises américaines faisaient à peu près ce qu’elles voulaient dans le pays). Cela a changé avec l’arrivée de Poutine au pouvoir en 2000.

Celui-ci s’est efforcé de ramener la Russie au rang de grande puissance en favorisant les oligarques russes au détriment des investisseurs étrangers. Naturellement, cela n’a pas plu aux États-Unis.

Ceux-ci ont donc entrepris d’affaiblir Moscou par tous les moyens, notamment en l’empêchant de créer un bloc économique indépendant avec l’Ukraine.

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire, a expliqué le stratège Brzezinski en 1997.« 

« Pour Moscou, rétablir le contrôle sur l’Ukraine, un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire ; c’est s’assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant. »

L’intégration de l’Ukraine dans l’Otan vise aussi à affaiblir la Russie. On lit ainsi dans un Rapport au Congrès américain de 2008 que l’adhésion de l’Ukraine serait « une garantie contre les possibles tentatives de la Russie de faire renaître son « empire » ».

Cette volonté d’affaiblir la Russie est d’autant plus actuelle que la Russie se rapproche de la Chine, l’autre grande rivale des États-Unis. Les accords commerciaux entre les deux pays ne cessent d’augmenter.

En 2019, lors d’une visite du président chinois en Russie, les deux puissances se sont d’ailleurs entendues pour progressivement se passer du dollar dans leurs échanges commerciaux.

3. Contrôler les routes du gaz

Nord Stream II est un projet de gazoduc de plus de 1 000 kilomètres reliant la Russie à l’Allemagne. Il permettrait de doubler la livraison de gaz naturel vers l’Europe. Les pays de l’Otan, qui se disputent avec la Russie la place de premier fournisseur mondial, voient d’un très mauvais œil la construction de ce gazoduc.

En 2018, par exemple, Donald Trump a exigé l’abandon pur et simple du projet et accusé l’Allemagne d’être à la solde de la Russie. Il a ensuite fait passer une loi menaçant de sanctions toute entreprise liée au projet.

Si les pays précités s’intéressent tant à l’Ukraine, ce n’est pas pour « protéger les Ukrainiens de la menace russe ». C’est avant tout pour défendre leurs propres intérêts économiques et géostratégiques.

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