04 Choses A Savoir Sur La Crise Migratoire Biélorusse

Edem

L’affluence et la stagnation des migrants aux frontières communes entre la Biélorussie, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne ont amené une crise sans précédent sur la table des débats qui ébranle toute l’union européenne. Face à ce sujet complexe, nous avons essayé d’apporter à travers cet article des points d’éclaircissements sur certaines zones qui paraissent encore confuses.

COMMENT A-T-ELLE DEBUTE ?

La crise frontalière de 2021 entre la Biélorussie et l’Union européenne est une crise migratoire qui a débuté depuis l’été dernier et qui se manifeste par un afflux massif de migrants du Moyen-Orient (principalement d’Irak) et d’Afrique vers la Lituanie, la Lettonie et la Pologne via les frontières de ces pays avec la Biélorussie.

Se greffe sur ce problème la grave détérioration des relations entre la Biélorussie et l’Union européenne, à la suite de l’élection présidentielle biélorusse de 2020, des manifestations biélorusses de 2020-2021, de l’incident du vol Ryanair 4978 et de la tentative de rapatriement de Krystsina Tsimanouskaya.

Les trois pays de l’Union européenne (Lituanie, la Lettonie et la Pologne) ont décrit la crise comme une guerre hybride par la traite des êtres humains, menée par la Biélorussie contre l’Union européenne, et ont appelé Bruxelles à intervenir. Pour la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, « Il ne s’agit pas d’une crise migratoire. Il s’agit d’une tentative de déstabilisation menée par un régime autoritaire contre ses voisins démocratiques. C’est l’ensemble de l’UE qui est défiée ». 

Depuis le début de cette crise migratoire, au moins onze migrants sont décédés, dont sept du côté polonais de la frontière, selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza. Selon les derniers chiffres, la Pologne a enregistré au total plus de 32.000 tentatives d’entrée illégale sur son territoire, dont 17.300 au mois d’octobre.

D’OU PROVIENNENT CES MIGRANTS ?

Ces migrants fuient les conflits ou la misère au Proche-Orient ou en Afrique. Ils proviennent en grande majorité du nord de l’Irak, mais aussi de la Syrie, qui est en guerre depuis dix ans. D’après l’AFP, une Polonaise qui vient en aide aux migrants sur place a également dit avoir vu des ressortissants du Yémen, de Côte d’Ivoire et de Cuba.

LA REACTION DES PAYS CONCERNES PAR LA CRISE

  • La Lituanie

Aux camps de réfugiés, plusieurs dizaines de personnes ont commencé à se comporter de manière agressive, à faire du chahut, à sortir de l’enceinte du camp et à refuser d’obéir aux ordres des gardes-frontières. Pour éviter les émeutes, les gardes ont utilisé du gaz lacrymogène et ont tiré deux coups de feu en l’air avec des balles en caoutchouc. Comme l’a déclaré la ministre de l’intérieur de Lituanie Agnė Bilotaitė, il est prévu de construire un camp pour 1 500 migrants sur le territoire du camp militaire situé à proximité.

  • La Lettonie

Le gouvernement letton a alloué au ministère de l’intérieur un montant de 1,7 millions d’euros pour l’acquisition et l’installation de barbelés à la frontière avec la Biélorussie. Selon les gardes-frontières lettons, les migrants se présentent à la frontière de la Lettonie accompagnés d’employés des services frontaliers biélorusses en armes. Malgré le fait que l’organisation des Nations Unies (ONU) appelle la Lettonie à réviser sa politique à l’encontre des migrants, la ministre de l’intérieur Maria Golubeva affirme que cela ne sera pas le cas et que la Lettonie ne va pas laisser passer tous les migrants et attendre plusieurs mois pour examiner leur demande d’asile.

· La Pologne

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a accusé le Bélarus de «terrorisme d’État» et estimé que son pays était la cible d’une «guerre d’un genre nouveau», avec des civils utilisés comme «munitions».

En septembre dernier, la Pologne a imposé un état d’urgence de 30 jours, qu’elle a rapidement prolongé, interdisant aux non-résidents de se rendre en zone frontalière. C’est la première fois que le pays a recours à ce type de mesure depuis la chute du communisme, en 1989.

En octobre dernier, la Pologne a demandé à l’Union européenne le financement d’un mur le long de sa frontière qui coûterait 350 millions d’euros. Elle a ensuite envoyé des milliers de soldats et fait construire ces murs de barbelés afin de contenir les migrants du côté de la Biélorussie. Aujourd’hui, nous dénombrons 15.000 militaires.

· Contrecoup de la Biélorussie

Depuis le début, le président bélarusse Alexandre Loukachenko affirme qu’il n’est pas à l’origine de cette crise migratoire. Au cours de l’escalade avec l’Union européenne, ce dernier a affirmé que son pays répondrait à toute nouvelle sanction européenne liée à la crise des migrants, notamment en évoquant la possibilité de suspendre le fonctionnement du gazoduc Yamal-Europe qui traverse le Bélarus et livre du gaz russe, notamment à l’Allemagne et la Pologne.

Varsovie est allé plus loin, en accusant également la Russie de Vladimir Poutine d’orchestrer la crise migratoire et Minsk de «terrorisme d’État» le 10 novembre dernier. Le 12 novembre, le Kremlin assure que ses livraisons de gaz continueront. Bien que, le président biélorusse aie assuré vouloir éviter que la crise migratoire, qu’il est accusé d’avoir orchestrée il continue de pleuvoir des sanctions de l’Union européenne à l’encontre de la Biélorussie, Cela fait cinq vagues de sanctions déjà. Sur cette nouvelle liste des sanctions européennes, se trouve désormais 26 entités et 183 personnes. Parmi elles, le président biélorusse Alexandre Loukachenko et deux de ses fils.

QU’EN DIT L’OPINION INTERNATIONALE ?

Une équipe de l’ONU envoyée en Pologne pour enquêter sur la situation des migrants à la frontière avec la Biélorussie s’est vu bloquer l’accès à cette zone, a dénoncé, mardi, la porte-parole de l’organisation, Liz Throssell. Cette dernière a, par ailleurs, appelé l’UE et ses membres à “faire respecter les droits humains aux frontières extérieures de l’UE ». Le Haut-Commissariat appelle également la Biélorussie et la Pologne à « remédier d’urgence » à « la situation désespérée dans laquelle se trouvent les migrants et les réfugiés aux frontières » entre les deux pays.

De tout ce qui précède, on peut dire qu’une nouvelle forme de guerre froide où l’arme migratoire est volontairement utilisée par le Bélarus. Et cela inquiète vraiment l’opinion internationale et les l’oblige à faire recours des sanctions. Reste à savoir si ces différentes vagues de sanctions seront efficaces face à ce problème.

AHIAK

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